Je rentre de San Francisco, où j'ai passé la semaine dernière à rencontrer des gens du monde des startups et du dentaire américain. Beaucoup de conversations intéressantes.

Mais il y en a une que je n'arrive pas à lâcher depuis.

Trois heures avec un fondateur que je ne nommerai pas. Il construit un logiciel de gestion pour les chaînes de cliniques dentaires. L'équivalent, dans son secteur, de ce que Palantir fait pour les gouvernements : une base commune, puis un déploiement sur mesure chez chaque client.

Il voulait mon avis sur son marché. Je suis reparti avec bien plus que ce que j'ai donné.

Un mot revenait sans cesse dans cette conversation. Un mot que vous entendrez partout ces prochains mois, si ce n'est pas déjà fait :

AI native.

Le concept, je le connaissais. Je le pratique même tous les jours. Mais ces trois heures m'ont conforté sur un point, et éclairé sur des nuances que je n'avais pas vues aussi nettement.

Ce que ce mot veut dire, sans le jargon

Aujourd'hui, la plupart des entreprises ajoutent de l'IA sur ce qui existe déjà. Un assistant dans le logiciel, un chatbot sur le site, un outil de rédaction pour les équipes. Et soyons clairs : c'est une bonne idée. Ces ajouts font gagner du temps, souvent beaucoup.

Mais il existe un cran au-dessus.

Construire une activité en sachant, dès le départ, que cette technologie existe. Chaque choix, l'architecture, les données, la taille de l'équipe, la façon de vendre, est alors pensé pour elle. Pas adapté après coup.

Ce qui m'a frappé à San Francisco, ce n'est pas l'idée. C'est l'écart. Entre les deux approches, la différence n'est pas une nuance de spécialiste.

C'est un ordre de grandeur.

L'exemple concret

Prenez les logiciels de gestion de cabinets dentaires. Je connais ce marché de l'intérieur.

Les acteurs historiques ont construit leurs produits sur des décennies. Un logiciel figé, identique pour tous. Vous ouvrez un cabinet, vous vous adaptez au logiciel.

La personnalisation ? Facturée en jours de consulting, quand elle est possible.

Cette forme n'était pas un mauvais choix. C'était la seule forme possible à une époque où chaque ligne de code coûtait cher.

Personnaliser pour chaque client aurait ruiné n'importe quel éditeur.

Mon interlocuteur de San Francisco part d'une autre base. Environ 80 % de son code est commun à tous ses clients. Les 20 % restants, la personnalisation par chaîne de cliniques, c'est précisément ce qu'il vend. Ce que l'ancien monde traitait comme un coût à éviter est devenu son produit.

Et c'est possible parce que l'IA a fait chuter le prix de la partie commune.

Les acteurs historiques peuvent ajouter un chatbot. Ils le font déjà. Mais ils ne peuvent pas refaire leurs fondations. Elles ont été coulées sous l'ancienne contrainte.

Ce que ça veut dire chez vous

Attention à la conclusion trop rapide.

Rien de tout ça ne dit qu'il faut tout raser et reconstruire. Votre entreprise n'a probablement pas besoin de devenir AI native de la cave au grenier.

Ce serait long, coûteux, et souvent inutile.

La vraie question est plus fine :

Quelles parties de votre activité mériteraient d'être repensées comme si elles naissaient aujourd'hui ?

The Ergon Report #16

Prenez la création de contenu, parce que presque tout le monde en fait : newsletters, réseaux sociaux, propositions commerciales.

La version non native, on la voit partout. On travaille comme avant, et on demande à l'IA de corriger le texte. Ou carrément de l'écrire. Le résultat est propre, rapide, et sans valeur.

Un contenu que tout le monde peut avoir ne fait ressortir personne.

La version native inverse les rôles.

L'IA fait les recherches, compare avec ce que vous avez déjà publié, prépare la matière, aide à construire.

Mais le cœur du contenu, ce qui fait qu'on le lit jusqu'au bout, reste chez vous : votre voix, votre point de vue, les nuances qui ne sont pas évidentes.

Ce que vous seul pouvez dire, parce que vous l'avez vécu. La machine porte tout le reste.

Dans un cas l'IA remplace ce qui avait de la valeur, dans l'autre elle porte ce qui n'en avait pas.

C'est ça, la nuance native.

Et elle se pose section par section dans votre entreprise. Pas partout. Aux bons endroits.

Et si vous investissez, gardez ce filtre en tête : entre deux entreprises du même secteur, celle dont les fondations ont été pensées pour l'IA ne porte pas le même potentiel que celle qui en a ajouté par-dessus.

Demain, le démontage complet

Cette conversation m'a tellement occupé l'esprit que j'en ai fait le prochain Ergon Report.

une étude de cas intégrale.

On prend cette entreprise et on la démonte poste par poste. À chaque étage : ce que l'IA prend, ce qui reste humain, et pourquoi.

Ce qui est étonnant avec ce niveau de profondeur, c'est ce qu'on y trouve.

Plus on descend dans le détail de cette entreprise très nichée, plus on tombe sur des mécanismes que toutes les boîtes partagent.

Vous y verrez votre propre entreprise, ou vos investissements, sous un angle que vous n'aviez probablement pas.

Je peux vous le dire d'autant plus librement que certaines conclusions m'ont surpris moi-même :

ce ne sont pas celles que j'avais en tête en commençant.

Et si vous n'avez pas encore profité de vos 30 jours d'essai gratuit, c'est le moment.

À demain

Salim

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