Dimanche dernier, le rapport #9 The Ergon Report partait d'une note qui a fuité, Et si vous dirigez une entreprise, une équipe ou votre propre activité en 2026, c'est une des idées que vous ne pouvez pas vous permettre de rater.

En mai 2023, un ingénieur de Google écrit un mémo interne qui finit par circuler partout. Son titre :

Nous n'avons pas de douve, et OpenAI non plus.

Ingénieur de Google

Une douve, dans le langage des stratèges, c'est ce qui protège une entreprise. Le fossé qu'un concurrent ne peut pas traverser. Et voilà l'une des entreprises les mieux protégées du monde qui doute d'en avoir une.

Trois ans plus tard, le doute est devenu une vague. Il a parfois suffi qu'un grand modèle d'IA ajoute une fonction un matin pour que des centaines de jeunes entreprises perdent leur raison d'exister le soir. Leur produit, c'était justement cette fonction.

Vous n'êtes pas une startup de la Silicon Valley. Mais une partie de ce que vous faisiez payer hier, parce que cela demandait du temps et un savoir-faire, devient faisable par presque tout le monde, avec une IA et quelques minutes. La question qui agite la tech est donc la vôtre, posée calmement : qu'est-ce qui, dans mon activité, ne se copie pas ?

Je vous partage aujourd'hui le cœur de la réponse. Pas un résumé : l'idée centrale développer dans le rapport de Dimanche dernier.

L'IA n'efface pas ce qui vous protège. Elle en vide une moitié.

C'est le point que je voudrais vous laisser, même si vous lisez en diagonale.

Les stratèges ont une liste de ce qui protège une entreprise : être assez gros pour produire moins cher, avoir une marque reconnue, être pénible à quitter, posséder beaucoup de données. Ces protections ne disparaissent pas. Mais l'IA fait quelque chose de plus subtil, et c'est tout le sujet : elle affaiblit la version superficielle de chacune, et renforce la version profonde.

Un exemple rapide avant le principal. La donnée. La donnée générique, celle que tout le monde peut obtenir, perd de la valeur, parce qu'une IA en produit à volonté. Mais la donnée liée à de vraies décisions, celle que vous accumulez en travaillant des années avec vos clients, en gagne. Même coquille, deux noyaux opposés.

Prenons la marque, parce que c'est la plus trompeuse

Il faut séparer deux choses qu'on appelle du même mot.

Il y a la marque de surface : un logo, un slogan, une charte, un joli site. Tout cela, une IA le produit aujourd'hui en quelques minutes, pour vous comme pour votre voisin. Cette marque-là distingue moins, donc elle protège moins.

Et il y a la marque de fond : une promesse tenue, année après année, au point qu'on vous accorde sa confiance avant même de vous comparer. Celle-là, aucune IA ne la génère, parce qu'elle ne se fabrique pas, elle se mérite dans le temps.

Une nuance, ici, parce que je ne veux rien vous vendre de faux. Hamilton Helmer, la référence sur ces questions de protection, met justement en garde : on surestime souvent la marque. Il a raison, pour la surface. Il l'est moins pour le fond. La confiance gagnée reste l'une des choses les plus dures à copier qui soient. On copie un logo en un jour. On ne copie pas dix ans de parole tenue.

Et si vous n'avez « pas de marque » ?

Vous vous dites peut-être que tout ça vaut pour les grandes maisons, pas pour vous. C'est l'erreur à éviter. Prenez une petite fiduciaire de quartier. Elle n'a pas de marque au sens d'une campagne de pub. Elle a mieux : sa réputation dans le canton, des clients fidèles depuis quinze ans, le confrère qui la recommande sans qu'on le lui demande. C'est exactement une marque de fond. De l'attention et de la confiance déjà gagnées, que personne ne rachète en un clic.

Et c'est là que ça devient une bonne nouvelle pour les petites structures, pas une menace. Ces protections de fond, la proximité, la confiance, la connaissance fine du client, sont précisément celles qu'une grande structure peine à bâtir, et qu'une IA n'a pas du tout. La proximité, longtemps vue comme une faiblesse de petit, devient un atout.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Une seule question, à poser sur l'atout dont vous êtes le plus fier, celui que vous mettriez en avant pour expliquer pourquoi on vous choisit : qu'est-ce qu'un concurrent équipé des mêmes outils que moi y laisserait, en voulant le copier ?

Si la réponse est « pas grand-chose », ce n'est pas un échec. C'est une carte. Vous savez où porter votre énergie. Si la réponse est « des années », vous tenez votre ergon. Le seul risque, alors, c'est de ne pas le nommer ni le défendre.

Voilà l'idée centrale du numéro, en entier. Dans le rapport qui traitait ce sujet dimanche dernier, on est bien sûr allés plus loin :

les six protections passées au crible une par une, la version qui se vide et celle qui tient à chaque fois, et une lentille pour faire le tri dans votre propre activité. C'est ce qui a permis à nos lecteurs de voir clair sur ce qui, chez eux, perd de la valeur et ce qui en garde, avant d'y investir leur temps et leur argent.

Et si, comme eux, vous ne voulez pas prendre les mauvaises décisions des 6, 12 et 18 prochains mois à cause de l'IA, dans votre entreprise, votre organisation ou votre profession, ne ratez pas les rapports et les artefacts complets.

À très vite,

Salim

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