De tous les concepts qu'on a traités dans les rapport Ergon, celui de cette semaine est sans doute le plus proche de ce qui fait qu'un produit/service se vend. Pas qu'il se lance, qu'il se vende vraiment : que les clients reviennent, le recommandent, et disent « c'était facile » sans savoir pourquoi. Ça vaut pour un logiciel comme pour un cabinet, un chantier ou un commerce. Ce concept s'appelle penser à leur place. Il précède l'IA de très loin, et l'IA vient de le rendre décisif.
L'idée tient en une observation. Vos clients font une fois ce que vous faites tous les jours. On construit sa maison une fois, on vend son entreprise une fois, on se fait poser une couronne une fois. Vous, vous en êtes à la millième. Et celui qui en est à sa première fois ne peut pas connaître les bonnes questions, parce que ces questions viennent avec la deuxième, la dixième, la centième. Depuis toujours, on paie un professionnel pour ça : pas pour ses réponses, pour les questions qu'il a déjà pensées à votre place.
Je l'ai vécu de l'intérieur cette année, en construisant un logiciel pour des cabinets dentaires. L'IA avait rendu le code presque facile. Ce qui restait dur, c'était l'écran : décider ce qui apparaît, ce qui se fait tout seul, et surtout comprendre que ce que les praticiens me demandaient n'était pas toujours ce qui les servait. La tentation, tout le long, était de livrer un chat qui sait tout faire. C'est ce que tout le monde livre. Et c'est ce que ce numéro vous invite à ne pas faire.
C'est l'objet de ce numéro.
Le rapport, Édition #23 : Penser à leur place
Vous verrez pourquoi le champ vide avec son curseur qui clignote est une facture déguisée (un outil qui peut tout faire n'a encore rien fait pour vous), ce que 1,1 million de conversations ChatGPT disent de ce que les gens viennent vraiment chercher, et pourquoi l'IA ne vous dira jamais que vous posez la mauvaise question : une étude parue dans Science en mars montre qu'elle vous approuve 49 % plus souvent qu'un humain.
Vous verrez aussi la partie qui me semble la plus utile : le geste en deux temps qui transforme « il réfléchit bien, ce type » en un système qui livre cette réflexion à chaque client, tous les jours. Un maître d'œuvre, un cabinet dentaire, une étude d'avocats, et un restaurant qui a un menu du jour. Avec une nuance que je tiens à garder : le chat reste le bon outil là où ça change. Le bouton est pour ce qui revient. Et la millième fois, elle, ne se met pas en système.
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