Il y a quelques années, j'ai lancé un logiciel sur lequel j'avais passé des mois. Je l'avais codé, testé, retouché jusqu'au dernier soir. Le jour du lancement, je l'ai mis en ligne, et j'ai attendu.

Rien. Pas un client. Pas un message.

Le produit tenait debout. Ce qui manquait était ailleurs, et j'ai mis du temps à le voir. C'est probablement la leçon qui a le plus changé ma vie professionnelle depuis un an et demi. Plus que n'importe quel outil d'IA, plus que n'importe quelle compétence technique. À chaque lancement depuis, des dizaines de personnes étaient là dès la première minute, prêtes à essayer, à critiquer, à me dire ce qui n'allait pas. Et mes produits ont progressé plus vite en quelques semaines qu'en des mois de travail seul dans mon coin.

Entre ce premier lancement et les suivants, mon code n'avait pas beaucoup changé. Ce qui avait changé, c'est le nombre de gens qui savaient que j'existais, et ce qu'ils disaient de moi.

Cette leçon date d'avant l'IA. Mais l'IA est en train de la rendre brutale. Aujourd'hui, un concurrent peut reconstruire votre site, votre offre et votre discours en quelques jours. Ce qu'il ne peut pas reconstruire, c'est ce que les autres disent de vous. Et depuis peu, ce ne sont plus seulement des humains qui écoutent.

C'est l'objet de ce numéro.

Le rapport, Édition #24 : Aux yeux des autres

Vous verrez pourquoi les assistants IA sont en train de réduire un marché entier à une seule réponse, et ce que ça change quand ce n'est pas votre nom. Pourquoi la visibilité se loue et retombe dès qu'on arrête de payer, alors que la réputation s'accumule. Et comment deux banques genevoises ont bâti leur nom pendant plus de deux siècles sans jamais parler plus fort que les autres.

Vous verrez aussi la partie qui m'a le plus surpris en écrivant ce numéro : vos deux lecteurs, les humains et les IA, lisent la même chose. Puis l'escalier en trois marches qui mène d'une IA qui résume à une IA qui choisit à votre place, avec ce qu'OpenAI a dû mettre de côté six mois après l'avoir lancé. Avec une nuance que je tiens à garder : une réputation bâtie tout entière sur le visage du patron peut devenir un piège, surtout le jour où l'on veut vendre.

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